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Alfred Gaspart (1900-1993)

FRAGMENTS DE VIE
Alfred Gaspart : peintre, photographe

Alfred Gaspart naît le trois août 1900 à San-Nicolas-de-los-Arryos, en Argentine, de mère argentine et de Père immigré français d’origine basque. En 1903, suite au décès accidentel de ses parents, il rentre en France, à Chatou, dans sa famille, accompagné de sa sœur Paule, de sept ans son aînée. Après ses études secondaires, déjà fasciné par l’art et la poésie, il s’inscrit dans les cours de l’école Germain Pillon et ensuite à l’École nationale des beaux-arts de Paris, dans l’atelier Cormon.

Dans les années trente, il s’installe définitivement dans le quartier de Montparnasse à Paris, et voyage tout autour de la Méditerranée, source d’inspiration inépuisable pour sa recherche artistique. Une relation gémellaire le lie à sa sœur Paule. Elle est sa muse, sa complice, sa « sœur terrestre ». Elle est omniprésente tant dans son œuvre picturale que dans son travail photographique. Partagé entre solitude et mondanité, il noue des amitiés solides et durables avec des peintres et des écrivains comme Pierre Albert-Birot, Jean Follain, Marie Laurencin, André Salmon…

Peintre de la réalité, il hausse au lyrisme les thèmes les plus modestes. Il peint et photographie des figures, des paysages, des aspects de ville et des natures mortes d’un dépouillement saisissant. Ses peintures, dessins et photographies exécutés en Bourgogne sont comme un poème plastique de la vigne.

De 1940 à 1945, cinq années de captivité brisent son destin. Le 21 juin 1940, il est fait prisonnier de guerre à Saint-Dié, en Lorraine. Il commence alors la rédaction de notes journalières, qu’il n’achèvera qu’à sa libération. Il est envoyé à Nuremberg en Allemagne, où il est placé dans un kommando, sous le matricule 93069, d’abord dans une ferme, puis dans une porcherie municipale. Deux tentatives d’évasion, en 1941 et 1942, le conduiront d’abord au camp de Ludwigsburg, puis au stalag VII A à Moosburg, en Bavière. Malade et très affaibli, dans un état profond de neurasthénie, il fait la rencontre du jeune sculpteur Volti Antoniucci qui, grâce à l’énergie de sa jeunesse et à son talent, l’aide à survivre. Tous deux travaillent intensément, et à partir de fin 1942, ils ne cesseront de reproduire les scènes dont ils ont témoins. En 1943, Volti réformé, rentre en France. Soucieux de témoigner de leur vie, il rapporte à Paris les œuvres picturales et les notes journalières de son ami et les transmet à Paule Gaspart. Une lettre non datée, fait partie du voyage :

« Chère Paule, Le meilleur des messagers te dira la réalité de l’existence au camp ; vraiment c’est un frère que le destin m’a fait rencontrer dans un instant de détresse ; de plus, grand artiste. J’aimerais beaucoup (l’occasion se présentant d’exposer quelque dessin dans une galerie) que vous parliez également de lui. L’émulation devant le pathétique fut intense entre nous deux. »

L’atelier parisien de Volti est détruit par une bombe à l’automne 1943, son travail effectué en captivité avec Gaspart n’est plus. Seuls quelques dessins épars subsistent. L’œuvre de Gaspart devient l’unique témoin de ce travail en commun.

En octobre 1944, sous le pseudonyme de Timour, Alfred Gaspart reçoit pour ses peintures le premier prix du Concours de la captivité décerné par l’YMCA de Genève, dont le thème était : « La vie au camp par l’image ». Un ouvrage est publié en 1945, sous le titre d’Exils. En mars de la même année, il est transféré dans un kommando à l’abbaye de Benediktbeuern où il demeurera jusqu’à sa libération en mai 1945.

De retour à Paris, il éprouve des difficultés à surmonter le choc de sa captivité. Comme par nécessité d’oubli, par pudeur face au drame des camps d’extermination, il refuse de montrer ce travail et ne répond pas aux multiples sollicitations, comme l’atteste, entre autres, ce courrier de la Fédération nationale des combattants prisonniers de guerre, daté du 25 janvier 1965 :

« Monsieur et cher camarade, À l’occasion de l’ ’ Exposition internationale d’œuvres de captivité » que la Fédération nationale des combattants prisonniers de guerre a organisée au Palais des beaux-arts à Bruxelles en 1956, j’avais vainement essayé d’entrer en contact avec vous. Votre ami Volti en avait été particulièrement navré, car il vous considère comme un des meilleurs dessinateurs français de ce temps, et votre participation à une telle manifestation n’aurait pas manqué d’en relever sérieusement la qualité. »

De nombreuses personnalités regrettent son silence, mais la rupture est vraiment là ; Gaspart n’expose plus ses œuvres. André Salmon, qui écrivait dès 1934 : « Le solitaire Gaspart, tout de même livré désormais à l’attention de tous, est appelé à jouer, parmi ceux de son temps, le rôle d’un Derain de son âge », insiste pourtant ; il écrit en 1951, dans l’ouvrage Rive Gauche : « Dans son atelier de la rue d’Assas, travaille aujourd’hui mon ami Alfred Gaspart, dont la réputation serait assurée en une journée s’il daignait seulement convier le public. On saurait alors ce que peut être le mariage de peinture et poésie. »

Malgré son retrait, Alfred Gaspart continue à peindre sur les bords de la Seine, de la Marne ou dans son atelier, aux côtés de sa sœur qui lui restera fidèle jusqu’à sa propre mort en 1982.

Le 12 mars 1993, onze ans après la disparition de Paule et de la plupart de ses amis Alfred Gaspart décède à l’Hôpital Cochin dans une grande solitude. Il avait été retrouvé quelques jours auparavant par son aide-ménagère, recroquevillé sous un tableau, dans son atelier de la rue d’Assas à Paris. Il est inhumé le 17 mars dans le caveau familial à Chatou (Yvelines).

Rafaèle Antoniucci – Michel Blay
Extraits du livre : « Alfred Gaspart, peindre en captivité – stalag VII A »
Editions : DMPA – SOMOGY, Paris mais 2005

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